Un agent de santé prépare une dose de vaccin contre la rougeole à Lubbock, au Texas, le 27 février 2025 ( AFP / RONALDO SCHEMIDT )
Les États-Unis ont enregistré cette année plus de 5.000 cas de rougeole, un niveau jamais vu en 35 ans pour cette maladie grave et très contagieuse qui opère un retour en force sur fond de défiance croissante envers les vaccins.
Depuis début 2026, 5.182 cas confirmés ont été recensés à travers le pays, selon un décompte vendredi des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), la principale agence de santé publique. La quasi-totalité des personnes infectées étaient non-vaccinées.
Et huit décès liés à la rougeole, notamment de très jeunes enfants, ont été rapportés depuis août par les autorités sanitaires de plusieurs États américains.
"C'est tragique et cela aurait pu être totalement évité", fustige auprès de l'AFP Adam Ratner, pédiatre américain spécialiste en maladies infectieuses.
Cette épidémie d'une ampleur inédite depuis 1991 peine pour autant à faire "les grands titres" et n'est pas véritablement prise au sérieux par l'administration Trump, déplore-t-il.
Si la rougeole avait été déclarée éliminée aux États-Unis en 2000 grâce à la vaccination, elle a opéré ces dernières années un retour en force qui s'est accéléré à partir de 2025 et menace aujourd'hui le statut épidémiologique du pays.
L'Organisation panaméricaine de la Santé (PAHO) compétente en la matière doit ainsi le réévaluer à partir de la semaine prochaine, et les experts s'attendent à ce que les États-Unis à cette occasion perdent leur statut de pays ayant éliminé la rougeole.
Désinformation
L'épidémie qui fait aujourd'hui rage a débuté en 2025 et semble encore loin d'être contenue. Selon plusieurs médecins, les cas seraient par ailleurs très largement sous-estimés.
Caractéristiques de la rougeole, une maladie respiratoire virale très contagieuse ( AFP / John SAEKI )
L'administration de Donald Trump, qui a coupé dans les budgets et les effectifs des agences sanitaires fédérales du pays, est vivement critiquée pour son inaction face à cette crise sanitaire.
Elle est aussi accusée d'avoir alimenté la défiance envers les vaccins qui a abouti à la baisse des taux de vaccinations et à la résurgence de la rougeole.
Le ministre de la Santé de Donald Trump, le vaccinosceptique Robert Kennedy Jr, a ainsi relayé à plusieurs reprises de fausses informations sur le vaccin et minimisé la dangerosité de la maladie, tout en remettant en doute l'attribution de certains décès récents.
Il "ne considère pas que la rougeole est un problème majeur et refuse de croire qu'il y ait des décès dus à cette maladie", regrette le docteur Ratner.
La rougeole provoque de la fièvre, des symptômes respiratoires et des éruptions cutanées, et dans certains cas des complications plus graves, comme une pneumonie et une inflammation du cerveau pouvant occasionner de graves séquelles voire la mort.
Le secrétaire américain à la Santé Robert F. Kennedy Jr. dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, à Washington, le 18 septembre 2026 ( AFP / Jim WATSON )
Bien que le vaccin contre la rougeole soit obligatoire aux États-Unis, les Américains peuvent contourner la règle en invoquant dans une grande partie du pays des raisons religieuses ou même parfois philosophiques.
Ces dérogations ont bondi depuis la pandémie de Covid-19 et l'explosion de la désinformation vaccinale et de la défiance à l'égard des autorités sanitaires.
La résurgence de la rougeole, qui est extrêmement contagieuse, n'est que le premier signe de cette baisse des taux de vaccination, s'inquiètent les soignants américains.
Adam Ratner confie ainsi s'attendre à voir exploser les cas de coqueluche et de varicelle dans les années à venir. "Et le fardeau de ces maladies retombera sur les enfants, qui ne sont pourtant pas ceux qui prennent ces décisions", prévient-il.

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